CRI DE DETRESSE DE LA COMMUNAUTE DES FEMMES REFUGIÉES RWANDAISES DEPENDANTES DES EX-COMBATTANTS FDLR CANTONNÉS AU CAMP LT GEN BAUMA À KISANGANI

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CRI DE DETRESSE DE LA COMMUNAUTE DES FEMMES REFUGIÉES RWANDAISES DEPENDANTES DES EX-COMBATTANTS FDLR CANTONNÉS AU CAMP LT GEN BAUMA À KISANGANI

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Nous, épouses, mères, sœurs et descendantes des ex-combattants FDLR désarmés volontairement et cantonnés au Camp LT Gen BAUMA à KISANGANI, lançons  le présent  cri  de détresse  à toute  la Communauté  Internationale, aux ONG caritatives et de défense  des droits  de l ‘ Homme et à toute  personne  physique et /ou morale éprise  d’humanisme et de Libertés fondamentales de la personne Humaine, pour étaler à leur face et à celle du monde entier, le calvaire que nous endurons depuis notre arrivée à KISANGANI, en Novembre 2014 jusqu’à date, lequel calvaire n’a cessé de s’aggraver à partir d’octobre 2015, date à laquelle la prise en charge des soins gynéco-obstétriques a été complètement coupée.

Auparavant, bien que nous ne bénéficiions pas de consultation prénatale lors de la grossesse, mais du moins les femmes avec grosse à terme étaient emmenées à l’hôpital lors de l’accouchement pour y être assistées par un médecin.

Depuis donc Octobre 2016 les femmes accouchent comme des bêtes sauvages à l’intérieur des blocs du cantonnement sans la moindre assistance d’un spécialiste.

Les conséquences, entre autres les avortements, mort-nés, décès des mères en couche, sont terribles et prennent des proportions d’une catastrophe humanitaire dont on ne perçoit même pas la sortie vu la mauvaise foi, l’indifférence complice et le cynisme de ceux-là mêmes qui sont censés nous prendre en charge.

 

Depuis cette date à laquelle toute assistance médicale à été coupée aux femmes enceintes, notre cantonnement totalise cinq (5) avortements, quatre (4) mort-nés et toute dernièrement une maman décédée quelques heures après l’accouchement.

Les trois (3) derniers cas de décès illustrent bien la mauvaise foi, l’indifférence complice et le cynisme dont je viens de parler:

– Ce 09 Juin 2017, Mme Nyampinga Clémentine épouse du SM SANDI THEONESTE, a mis au monde un mort-né suite à la non assistance de notre médecin Dr BALOLO pourtant avisé et présent sur place au moment de l’accouchement.

-Ce 13 Juillet 2017, Mme NYIRAMINANI Jacquelines, épouse du Sgt MINKO Eugène, a accouché d’un mort-né (ladite maman avait en fait eu une chute accidentelle quelques deux jours avant) et la malheureuse a elle-même succombée quelques heures après suite à l’hémorragie post-accouchement.

Avant le sinistre, depuis 13h00′, on avait beau avisé le chargé de notre sécurité (MAJ King des FRDC), Mme SIFA la gestionnaire du Camp et le service DDRRR -MONUSCO en place pour intervention mais en vain. L’accouchement a eu lieu vers 15h30′ et la maman est directement tombée en syncope. Mme SIFA n’est venue que pour récupérer le cadavre du bébé, comme elle en a l’habitude, vers 18h40′ sans se soucier du sort de la mère pourtant agonisante, elle est revenue vers 23h30′ récupérer le cadavre de la malheureuse après qu’elle eût succombé vers 20h30’.

– Ce 14 Juillet 2017 le matin, Mme UWIMANA Angélique, épouse du Sgt NSHOGOZA Eugène a accouché d’un mort-né suite à la non assistance du médecin.

A part cette situation, inconcevable à l’heure actuelle, décrite ci-haut, nous croupissons par ailleurs dans une vie misérable à beaucoup d’égards. Nous ne citerons que les plus saillants.            Toujours en rapport avec la santé en général et l’hygiène particulière aux femmes, nous déplorons la prolifération des infections sexuelles: Trichomonases vaginales. 70% des femmes du cantonnement en souffrent suite au manque d’hygiène corporelle (pas de savons de toilette) et de soins appropriés. Du peu d’habits avec lesquels on est sortie des forêts, il n’en subsiste que des lambeaux.

Nous remercions en passant la MONUSCO qui nous fournit du savon liquide pour la lessive et des désinfectants pour les latrines publiques. Cependant pour les désinfectants, le nouveau produit est moins fort que l’ancien et nous sommes tentés de croire que le manque d’efficacité du nouveau serait pour quelque chose dans l’actuelle prolifération des trichomonaces.

Les soins de santé dont nous bénéficions à peine sont très superficiels: pas d’examens de laboratoire ni d’accès aux services médicaux de spécialité tels que la chirurgie, l’échographie, l’ophtalmologie, la dentisterie (la carie dentaire fait des ravages chez les cantonnés), etc… D’où la complication de certaines maladies.

Bien que la MONUSCO nous fournisse quelques médicaments de base, le passage du médecin est rare et très irrégulier et même  quand il se présente, il manifeste, pour des raisons inavouées, une mauvaise volonté dans son travail.

La ration alimentaire fournie par la MONUSCO, que par ailleurs, nous remercions vivement, après que le Gouvernement de la RDC se soit déclaré à bout des moyens, est très insuffisante aussi bien en quantité qu’en qualité. Jusqu’à présent nous recevons un seul repas de 600gr par tête et par jour, sur lequel nous sommes obligées de grignoter de sa moitié pour la troquer contre le bois de chauffage. Ladite ration ne comporte pas d’huile ni de légumes verte et de fruits pourtant nécessaires pour les couches les plus vulnérables : les malades, les femmes enceintes et allaitantes ainsi que les enfants en bas âge. Pour rejoindre les deux bouts du mois, les adultes du cantonnement n’ont d’autre choix que de s’imposer des jours entiers de jeûne par semaine: trois au minimum.

Nous sommes profondément chagrinées par le fait que durant les trois années de cantonnement, nos enfants qui constituent 60% de la population du camp ont été intentionnellement privé du droit à la scolarisation. Cette situation s’est aggravée lors que, à partir du mois de Juin 2015, nos chefs ont été violemment raflés et isolés du reste. Cette douloureuse séparation a non seulement sapé l’initiative de scolarisation des enfants à peine démarrée par ces mêmes chefs qui constituaient le gros du personnel enseignants, mais aussi condamné les membres des familles ainsi disloquées à vivre comme des veufs, veuves et orphelins.

Tout humain, au sens propre du terme, réalise combien il est pénible et éprouvant, voire traumatisant, aussi bien physiquement que moralement, de vivre pendant plus de trois ans dans une enceinte, clôturée de fils barbelés, de moins d’un hectare abritant 800 âmes sans aucun droit d’en sortir, sans travail ni toute autre activité à caractère physique ou socioculturel et, pire encore, dans les conditions de vie telles que décrites ci-haut. En réalité, notre vie diffère de si peu à celle de prisonniers.

Il est vrai que la vie dans les forêts était très contraignante et très périlleuse, particulièrement pour nous les femmes comme c’est d’ailleurs dans toute guerre où les couches les plus vulnérables que sont les femmes et les enfants payent d’habitude le plus lourd tribut. C’est pour cette raison que nous avions applaudi l’idée de désarmement de nos maris, fils et frères dans l’espoir que nous allions être placées dans de bonnes mains où les conditions de vie allaient évoluer dans un sens positif, en attendant le retour en sécurité et en dignité dans notre cher patrie le Rwanda. Nous pouvons même affirmer sans risque de nous tromper que nous avons joué un rôle non négligeable dans le cadre de la persuasion des plus réticents à adhérer au dit désarmement en leur faisant comprendre son bien fondé. Un sentiment de regret envahit nos cœurs et s’amplifie chaque jour au rythme des mauvais traitements que nous subissons au vu et au su de toute la Communauté Internationale, en dépit des multiples cris d’alarme et de détresse lancés par les ex-combatants cantonnés à la voix desquels nous joignons la nôtre.

Ce n’est un secret pour personne. Ces traitements ignobles dont nous sommes les victimes innocentes ne sont rien d’autre que de méchantes manœuvres visant à nous contraindre au rapatriement, soit disant volontaire, via le seul et l’unique couloir de la DDRRR-MONUSCO sans se soucier , bien attendu, de notre sécurité et des revendications à la base du désarmement ci-haut mentionné. Au lieu de chercher à soulager nos peines telles que énoncées ci-haut, presque toutes les délégations officielles (hommes politiques et diplomates) qui passent devant nous ne parlent que de ce genre de rapatriement sans condition aucune, ce qui nous pousse à croire qu’il y aurait un complot international à notre endroit. Pour quel crime commis? Dieu seul le sait!

Le RWANDA est notre Patrie et nous l’aimons bien, plus que ces hommes politiques et ces diplomates. Ça ne vaut donc pas la peine de nous forcer d’y aller. Nous rentrons bel et bien, mais le jour où des conditions de notre sécurité seront réunies. Les efforts devraient plutôt être orientés dans des actions visant à nous rendre, entre-temps, la vie humainement acceptable. D’autant plus que nos souhaits sont simples, voire simplicistes!

Soit qu’on permette aux humanitaires d’accéder à notre cantonnement pour épauler la MONUSCO.

Soit qu’on nous traite comme des réfugiées conformément au Droit international en la matière. Nous avons des têtes pour penser et des bras pour travailler et faire vivre décemment et dignement nos familles sous n’importe quelles latitudes.

Dans le camp contraire, qu’on nous fasse rejoindre les nôtres de là où la MONUSCO nous a récupérées avant le début du cantonnement.

 

Fait à KISANGANI

Ce 20 Juillet 2017.

Au nom de la Communauté des Femmes dépendantes des Ex-Combattants FDLR cantonnés au Camp Lt Gen BAUMA à KISANGANI.

 

-Mme AYINGENEYE Béata (Sé)

-Mme KAYITESI Yvonne (Sé)

-Mme MUKABIYIRE Jacqueline (Sé)

-Mme MUJAWAYEZU Dancille (Sé)

 

 

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